La rubrique de l’expatriée

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"Tonnerre sous les Tropiques" : à ne manquer sous aucun prétexte

lundi 15 septembre 2008

Ce qui est formidable avec Ben Stiller, c’est que l’on sait depuis longtemps, depuis l’incroyable Disjoncté en fait, soit il y a 12 ans déjà, qu’il est absolument, parfaitement, génialement cinglé, imprévisible et talentueux. Acteur masochiste, on l’a vu devant la caméra sur le point de perdre sa virilité dans Mary à tout prix, arborer un improbable look de Freddie Mercury en solde dans l’inqualifiable Dodgeball, jouer au super-héros en plastique dans Mystery Men ou plus récemment se faire pisser dessus par une jolie blonde fan de David Bowie dans l’hilarant Les Femmes de ses rêves des Farelly bros., malheureusement passé inaperçu. Et quand le bonhomme passe derrière la caméra, tout, TOUT est possible.

A peine s’était on remis de Zoolander - 7 ans déjà, mais il faut au moins ça ! - probablement la meilleure comédie américaine de la décennie avec Team America (si si, j’insiste), que Ben Stiller nous retombe dessus avec du lourd, de l’or massif : Tonnerre sous les Tropiques. Et ça va chier.

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L’histoire, co-écrite avec cet autre génie d’utilité publique qu’est Justin Theroux, suit les traces de quatre acteurs engagés sur le tournage d’un film adapté des mémoires d’un vétéran du Vietnam. Tugg Speedman (Ben Stiller) est une ancienne gloire des films d’action bourrin façon 90’s, une sorte de Stallone mâtiné de Van Damme, qui cherche à se refaire un nom en tentant sa chance dans des films d’auteur douteux. Jeff Portnoy (Jack Black, en service minimum) doit sa renommée à une franchise de films crétins dans lesquels il interprète à lui tout seul une famille de pétomanes abrutis et obèses, mais aussi à ses frasques liées à ses nombreuses addictions (alcool, drogue et femmes). Cadet de la bande, Alpa Chino (le nouveau venu Brandon T. Jackson) est un rappeur vulgaire dont le tube "I love tha pussy" fait fureur. Et enfin, ô bonheur !, voici Kirk Lazarus, incarné par Robert "j’t’épouse quand tu veux" Downey Jr., un Comédien avec un C majuscule, adepte de la ronflante Méthode chère à l’Actor’s Studio, vainqueur de 5 Oscars, et qui a eu l’idée forcément éblouissante de... se teindre la peau en noir afin d’incarner un sergent afro-américain. Sans rire. Tous ces beaux mâles s’ignorent ou se méprisent selon les cas, mais ils vont devoir apprendre à se supporter lorsque, largués en pleine jungle hostile par un réalisateur au bord de la crise de nerfs, ils vont se retrouver en réelle situation de combat.

Bien sûr, tout cela va dégénérer plus vite qu’une orgie hollywoodienne, et comme c’est Ben Stiller qui est aux commandes, c’est no limit à tous les étages. Les amateurs de chair fumante se régaleront d’un torrent de tripes dégoulinantes, de membres joyeusement déchiquetés et de têtes arrachées ("Je suis un acteur ! Je sais reconnaître une prothèse ! Regardez : c’est du latex et du faux sang *slurp* ... tiède..."). C’est aussi un délire visuel total mais cohérent, prouvant que plus qu’un acteur qui filme, Stiller est un réalisateur, un vrai, qui sait utiliser l’outil cinématographique et le mettre au service de son écriture brillante. Certes, l’ensemble est relativement plus "calme" que le bordel jouissif de Zoolander, qui fonctionnait avant tout grâce à l’enchaînement improbable de scènes inimaginables de drôleries (ah ! le duel arbitré par Bowie !), mais qui étaient surtout des gags parfois sans liens les uns avec les autres. Tonnerre sous les Tropiques tient une ligne narrative rigoureuse, quoi que sous acide, tout en laissant place à la folie. On ne sait jamais à quoi s’attendre, et de toute manière on n’a jamais le temps de réfléchir. A peine a-t’on repris son souffle après un fou rire prolongé (le panda ! le panda !) qu’une autre scène, encore plus gonflée, encore plus ahurissante, encore plus tordante, encore plus géniale menace de nous achever. Et ce n’est pas la succession de guest stars venues jouer les victimes désignées qui soulagera notre pauvre diaphragme mis à rude épreuve.

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L’humour de Stiller étant indéfinissable, on ne cherchera pas à décortiquer cet mélange malin, et plus subtile qu’il n’y paraît, de gros comique de situation, de réparties sinon fines du moins bien vues, et surtout de personnages instantanément cultes et inoubliables, dont l’acteur a souvent la délicatesse de confier les plus beaux exemplaires à ses camarades de jeu. La preuve cette fois-ci encore avec le grandiose Kirk Lazarus, "the dude playin’ the dude, disguised as another dude !". mais qu’il se rassure : c’est bien pour lui que l’on adore Tonnerre sous les Tropiques, et qu’il va falloir se ruer en salles pour lui faire honneur.

Que quelqu’un se décide à déclarer ce type trésor du patrimoine mondial. Vite.

Sabine Garcia


Date de sortie : 15 Octobre 2008 Réalisé par Ben Stiller Avec Ben Stiller, Jack Black, Robert Downey Jr. , Brandon T. Jackson, Nick Nolte, Matthew McConaughey, et quelques surprises... Durée : 1h 48min. Année de production : 2008 Titre original : Tropic Thunder Distribué par Paramount Pictures France


Et pour ceux qui n’en auraient pas assez, on recommandera vivement la visite du "site officiel" de Tugg Speedman !

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